En suivant plusieurs twittos comme @fnacbookeur, @Aldus, @ebouquin, je me tiens au courant de l’actualité en matière de lecture sur liseuse. Je suis parfois sidéré de voir comment certains peuvent s’enflammer pour la lecture numérique ou contre l’abandon du papier. J’ai vu des comparaisons assez osées « comme l’imprimerie a tué les enluminures » mais on devrait sans doute s’arrêter à l’analogie avec le marché de la musique. Est-ce que le passage du vinyle à la cassette au CD au mp3 a tué la créativité des musiciens du monde ? Non. Est-ce que cela a boosté le piratage ? sans doute. L’industrie du livre doit sans doute se préparer au même changement que celle de la musique. A contrecœur en y résistant ou en embrassant ce changement et en essayant d’en tirer le meilleur parti. Sans vouloir argumenter ni jeter de l’huile sur un feu que je juge stérile, j’ai eu envie d’illustrer ce dilemme par une autre vue.
J’aime lire en mode électronique, j’utilise une liseuse Kobo que j’apprécie pour le côté pratique (et aussi parce que j’adore les jouets électroniques, argument fort s’il en est ;=).
J’aime aussi les livres en papier, surtout les belles bibliothèques (voir mon billet avec plein de belles photos).
En tant que geek et ancien rôliste, l’archétype à évoquer est bien sûr celui du magicien à la Tolkien, du type Gandalf farfouillant dans la bibliothèque de Minas Tirith à la recherche du récit de la perte de l’anneau unique. C’est tellement vu et revu depuis que le maître a immortalisé le cliché et que Donjons & Dragons l’a répandu : Un magicien, c’est toujours vieux, ça porte une robe et une longue barbe blanche et surtout, dans sa tour ou sa tanière, ça fait des recherches dans une grande bibliothèque où on voit des rangées de grimoires alignés sur des étagères interminables. Les lieux sont dans un état de rangement et de propreté variable selon les cas mais les volumes sont invariablement précieux et renferment soit des légendes, soit des prophéties, voire l’emplacement oublié d’un monstre ou d’un trésor. Il ne faut bien sûr pas oublier le grimoire qui contient les sorts, le recueil des arcanes, l’arme du magicien aussi vital pour le personnage magicien que l’épée à deux mains pour le guerrier de base.
Peut-on vraiment imaginer un magicien sans un grimoire en papier ?
Certains l’ont fait. Je voudrais mentionner le cas de Shadowrun, jeu de rôle qui s’est ensuite décliné en livres et jeux vidéos. L’idée géniale qu’ont eue ses créateurs, c’est d’imaginer que le monde tel que nous le connaissons, après avoir évolué vers un futur proche tendance cyberpunk, allait subir l’éveil, c’est-à-dire rien moins que le retour de la magie. Comment diable pourrait réagir notre monde si celui de Tolkien lui revenait en pleine figure ? Je vous passe l’arrivée des orcs, des dragons et autres créatures d’époque pour me concentrer sur les magiciens puisque c’est le sujet. Dans Shadowrun donc en 2050 , si on veut incarner un magicien, eh bien, il faut apprendre des sorts (entre autres). Et où trouve-t-on des sorts ? Eh bien… dans une bibliothèque !
Autant Shadowrun a vraiment fait preuve d’une créativité exceptionnelle, autant il semble qu’ils ont renoncé face au cliché du grimoire puisqu’ils ont finalement laissé le choix au joueur de choisir entre le « vieux » papier et le format électronique… Cette hésitation m’a marqué à l’époque au point que ce choix cornélien m’est revenu à l’esprit dans le contexte des liseuses aujourd’hui.
Heureusement nous ne sommes pas dans un jeu et les règles n’imposent à personne de faire un choix. Au-delà du papier contre le silicium, sans doute est-il beaucoup plus préoccupant de constater la désaffection de certains jeunes pour la lecture, quel que soit le format.
Pour conclure sur l’avenir de la magie et du grimoire, il semble que le marketing ait déjà fait son offensive pour convaincre les magiciens de la nouvelle génération de passer au grimoire made in China.